La branche "Fagondo"

Le Meunier d'Urtubie

Cette branche "Fagondo" est originaire du quartier de Romardy (Erromardie) quartier nord de Saint Jean de Luz, où Bertrand de Fagondo (sosa 336) naît le 9 mars 1663 de Martin de Fagondo et Gracianne d’Etcheverry, 3 ans après le mariage de Louis XIV dans cette même cité. (p 368 du registre, 1er tiers en haut à dr.).

Il est issu d’une famille de meuniers et le deviendra lui-même car, dans son acte de mariage du 30 avril 1690, dans cette même paroisse, il est dit « Bertrand de Fagondo fils d’Etcheverry, meunier ». Son oncle est aussi meunier ainsi que l’oncle de son épouse, Estebonta (Etiennette) d’Aylguerru. Celle-ci est héritière de Cubiberria d’Urrugne .(p 173 du registre).

Il ira vivre à Urrugne et lors de son décès le 11 août 1710 (p 958 du registre) il est « peittan de Fagonde munier du moulin d’Urtubie et sieur de subiberria ». Il a dû mourir de maladie car la veille est décédée « la servante du moulin d’Urthubie de peittan…. ». D’après le cadastre napoléonien, ce moulin se situait devant le château appartenant au vicomte d’Urtubie et était situé sur un canal qui dérivait une partie de la rivière Untxin, rivière qui  va se jeter dans la baie de Saint Jean de Luz à hauteur de Socoa.

Le château existe toujours mais le moulin a disparu.

Cadastre Napoléonien Urrugne ,planche D2, coord. : 3800/455

Il est probable que le moulin était mis « en ferme » et que Bertrand le louait au vicomte. Des traces de cette location se trouvent peut être dans les archives du château ou dans un  acte notarié de l’époque.

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Les Fagondo dans la Royale

Les fils de Bertrand Fagondo seront tous, à un  moment ou l’autre, mariniers. L’un d’entre eux, Saubat Fagondo, le sosa 168, qui sera appelé communément Joannes, fera au moins 13 voyages au long cours d’après sa matricule.

Matricule , SHD Rochefort ,ref 15P3 10 f° 10

Il aura lui-même au moins quatre marins parmi ses enfants issus de son union avec son épouse Angélique (Angela) d’Etcail (Detxail). (Contrat de Mariage du 18 septembre 1735 devant Me Dhospital à Urrugne ).(p 498 du registre) Ils seront tour à tour, et selon les périodes,  marins pêcheurs, corsaires ou marins du Roy.

Par exemple Joannes l’ainé (sosa 84), né le 18 juin 1740 à Subernoa (p 694 du registre), débutera à 20 ans comme novice sur le Corsaire Le Labourt (qui sera évoqué dans un autre chapître) durant la guerre de Sept ans.(Voir rôle d'équipage).

 Il ira au moins trois fois à la pêche à la morue à Saint Pierre et Miquelon. Et à deux reprises il sera enrôlé dans la marine du roi: une première fois en  1773 à Toulon, mais il sera vite libéré, et une deuxième fois en  mars 1778 à Brest.

A cette époque, la France vient de rentrer officiellement dans la guerre d’indépendance américaine au côté des insurgés américains et la marine de Louis XVI s’active pour affaiblir la marine anglaise.

Joannes embarquera comme matelot sur le Vaisseau de deuxième ligne portant 80 canons « Le Saint Esprit ». Il côtoiera une quarantaine de matelots de Saint Jean de Luz..

Ce navire qui emportait près de 1000 hommes faisait partie d’une flotte d’environ 25 vaisseaux français répartis en trois escadres sous le commandement du comte d’Orvilliers, flotte qui affronta autant de navires anglais durant la bataille d’Ouessant le 27 juillet 1778 au large de la Bretagne.

Le Saint Esprit est alors commandé par le capitaine de vaisseau La Motte Picquet et porte le Duc De Chartres qui, avec le grade de lieutenant général des armées navales, dirige l'escadre bleue durant cette bataille, l’escadre d’arrière-garde de la flotte du Comte d’Orvilliers.

Il y avait près de 2000 canons dans chaque camp et la bataille fut une victoire importante pour la marine française. Les anglais fuirent le combat et comptèrent près de 400 morts sur leurs navires. Du côté français il y eut une centaine de morts et 500  blessés 1,2 .

Joannes sera blessé et passera quelques jours à l’hôpital au début octobre 1778 avant de s’embarquer le 9 novembre  sur un autre Vaisseau, « Le Palmier », vaisseau de deuxième rang portant 74 canons.

Vaisseau de 74 canons

A bord de ce navire il participera  à l’escadre franco espagnole qui visait à envahir l’Angleterre. En effet l’Espagne a rejoint la France dans la coalition et les deux pays montent conjointement une tentative de débarquement dans le sud de l’Angleterre.

L’escadre française sort de Brest en Mai 1779 sous le commandement du vainqueur de la bataille d’Ouessant, le comte d’Orvilliers.

Mais les deux escadres mettront énormément de temps à faire leur jonction et lorsque elles seront prêtes à passer à l’attaque, la météo défavorable et les maladies (scorbut, typhus, variole) qui ont atteint 8000 des 28000 français font échouer le projet. La flotte française rentrera à Brest en septembre 1779  sans avoir combattu.

Pour ce qui est de Joannes, il sera débarqué le 17 septembre 1779 à l’hôpital de Lorient et en octobre 1779, et il sera « congédié » c'est-à-dire relevé ou mis en congé de la marine du roi pour six mois.

             à L'hopal de Lorient le 17 7bre                 Jean fagonde du d (dit)

             et debé le d (dit)

Archives Nationales, fonds Marine C6 553, extrait du registre du Palmier 1779.

Par la suite il sera régulièrement indiqué malade, avec un problème au visage « incommodé de l’œil droit pour laquelle on lui a fait un cautère à coté de l’oreille » (sic). Cela ne l’empêchera pas de vivre vieux car il mourra à Urrugne à presque quatre-vingts dix ans.

Extrait matricule SHD Rochefort , ref 15P3 19 f° 178

A son retour de Toulon, le 28 juillet 1774 à Subernoa,  il avait épousé Magdelaine Diharce de Jongoignenia d’Urrugne fille de laboureurs et qui se fera appeler par la suite Dominica.(p 831 du registre)

Trois des autres enfants du couple Saubat Fagondo-Angélique Detxail, à savoir Saubat (né en 1743), Joannis (né en 1744) et Pierre (né en 1750) seront marins et ils navigueront  souvent ensemble. Saubat mourra en 1781 à Savannah en Amérique du Nord et Pierre en 1779 mourra « en amérique » preuve que tous deux ont aussi participé à la guerre d’indépendance américaine.

Notes :

1 : « La France Maritime » par Amédée Gréhan éd. Dutertre  tome II  p 215, accessible in extenso dans « Google books ». A noter que les Anglais ne considérèrent pas avoir perdu la bataille…

2 : « Marine Royale , corsaires et trafic dans l’Atlantique de Louis XIV à Louis XVI » Thèse de Patrick Villiers , diffusion ANRT p 573.

 

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