La Généalogie au Pays Basque

Le rôle de la maison (Etxe) au Pays Basque.

Une explication sur les noms de familles au Pays basque s’impose pour comprendre l’origine et l’évolution de ces noms.

En fait, le nom est à l’origine le nom de la maison souche qui est lui-même lié à une particularité de cette maison, à son positionnement ou autre.

Ainsi par exemple la maison neuve (etxe-verry ….Etcheverry / Etcheberry / Etxeberri…), la maison à côté duhêtre  (faga –ondo …. Fagondo),  la maison vieille ( etxe-zahar …. Etchesahar, Echeçahar ), le bout de la rue (Carrica-buru  …. Carricaburu).

L’habitant sera donc, par exemple, Joannes de « nom de la maison » sans que cela fasse allusion à un quelconque titre de noblesse: Joannes de Etcheverry  qui se transformera souvent en Joannes Detcheverry. Et comme il y a des maisons neuves dans toutes les paroisses,  il y aura beaucoup d’Etcheverry qui n’ont aucun point commun entre eux.

Ceci peut aussi conduire à des changements de nom pour une même personne. C’est le cas de Catherine d’Hiribarne (sosa 365)  qui se fait appeler ainsi sur l’autorisation de mariage de son fils Baptiste Dibiry en 1761 et se fera appeler Catherine d’Etcheverry sur le registre maritime de ce même fils en 1764. Sa famille habitait probablement la maison Etcheverry. Cela est tellement perturbant que dans le testament de Baptiste Dibiry en 1760 seul le prénom de la mère figurera et le notaire laissera le nom en blanc !

Il est probable que des recherches sur certaines branches soient bloquées à cause de tels changements de nom qui n’ont pu être élucidés.

Il faut aussi savoir que l’héritier d’une maison était l’aîné, garçon ou fille. Quasiment toujours, l’aîné-héritier d’une maison X se mariait avec le cadet d’une autre maison Y (non héritier de la maison Y) afin de ne pas concentrer les biens des deux familles sur un même couple. Parfois ce cadet, même s’il était un garçon, changeait de nom et prenait le nom de la maison X.

Une personne  pouvait avoir plusieurs noms : «X » ou «Y » ou «X dit Y».Tout cela complique la généalogie. Il est donc impératif de suivre les noms de maison.

Un exemple est le nom du sosa 694, Dominique Hirigoity marié à Dominica Duhulquo. Ses descendants se feront appeler "Hirigoity dit Duhulquo" puis avec le temps ils se feront appeler plus simplement Duhulquo, Duhulco,Du Hulquo, Hulquo….. Il existe d’ailleurs à Domezain (Soule) une maison Ehulco.

A noter, pour faciliter les recherches … que l’orthographe des noms de maisons  varie grandement. Par exemple à Ascain, la maison de Martin  Berindoague (sosa 366)  sera Archainenea, Arcaignenea, Archagenea, Archignenea ou bien la maison de Marguerite Etcheçahar (sosa 181) sera Cetabenea, Cethabenea, Cetaberenea, Cethaberenea 1 :

Cette règle est aussi appliquée en Béarn.

Note :

1: « Ascain » éd Ekaina sous la direction de H. Lamant-Duhart  chap IV par Alfred Lassus.

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Les archives

Les principales archives qui ont été explorées pour cette généalogie sont les archives d’Etat Civil, les BMS de l’Eglise Catholique (avant l’apparition de l’Etat Civil), en France et en Espagne, les actes  notariés disponibles dans les communes habitées par les ancêtres et les archives marines .

D’autres documents ont pu être consultés, par exemple la carte de Cassini établie par les Cassini au milieu du 18ème siècle, le Cadastre Napoléonien du département des Basses Pyrénées (ancien nom du département des Pyrénées Atlantiques ) datant de la première partie du 19ème siècle. Tous deux sont indispensables pour localiser les vieilles maisons et les vieux quartiers et sont accessibles par internet.

La série des livres publiés par les éditions Ekaina sur les communes labourdines (Saint Jean de Luz, Ciboure, Ascain, Urrugne….) a été d’une grande aide principalement par ses chapitres sur les vieilles maisons de ces communes et sur les marins et corsaires (auteur de ces chapitres : Alfred Lassus).

Les archives de L’Eglise Française puis d’Etat civil :

C’est François 1er qui jette en 1539 les fondements de l’état civil en France, par l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui fait obligation aux curés de tenir des registres de baptêmes. Il s’agit alors de s’assurer de manière certaine que les candidats à un bénéfice ecclésiastique sont effectivement majeurs. En 1579, Henri III réaffirme cette obligation et y ajoute la tenue de registres des mariages et sépultures. En 1667, le code Louis impose la tenue d’une double collection de registres (dont un exemplaire doit être déposé au greffe du juge royal) et cherche à uniformiser la tenue des registres. Les provinces méridionales du royaume  mettent souvent en application toutes ces dispositions avec un certain retard par rapport aux provinces septentrionales.

Jusqu’à la Révolution, ce sont donc les curés qui sont légalement chargés d’enregistrer baptêmes, mariages et sépultures (BMS) sur des registres appelés "registres paroissiaux ".

La Révolution laïcise la tenue de l’état civil : désormais, les actes relatifs aux citoyens français sont tous consignés ensemble, dans les mêmes registres, quelle que soit leur religion. Le décret du 20 septembre 1792 crée l’état civil tel que nous le connaissons aujourd’hui. C’est le maire, " officier de l’état civil ", qui succède au curé et consigne sur des registres normalisés les actes de naissance, de mariage et de décès (NMD).

Il y a donc souvent deux sources d’information : la collection du greffe et celle de la paroisse qui normalement devraient être identiques mais ne le sont pas toujours. 1

Les archives Françaises ont souffert de la Révolution ou des destructions par les armées ennemies (troupes espagnoles et troupes anglaises dans la région d’Urrugne en 1793 et 1813) et s’il est relativement facile de remonter jusqu’au début des années 1800,  il est parfois impossible de remonter bien au-delà.

C’est le cas par exemple de la commune de Musculdy, là où notre ancêtre Sarlangue le plus ancien connu a vécu, et dont les archives BMS n’existent pas avant 1786. Dans ce cas, pour espérer remonter le temps il faut se rabattre sur d’autres types d’archives qui pourraient indiquer la filiation, les actes notariés par exemple.

Sous la révolution certains actes religieux du pays basque français seront effectués et enregistrés en Espagne. C’est le cas du baptême de Jeanne Larramendy (sosa 45) née le 27 juin 1797 à Ascain mais baptisée le 16 juillet 1797 à Vera de Bidassoa (Navarre) commune limitrophe d’Ascain au sud de la Bidassoa. Sa sœur Marie née le 19 mars 1794 sera baptisée en ce même lieu  un an et demi après sa naissance, ce qui est très rare pour l’époque.

La paroisse d’Ascain a été bouleversée durant la révolution et en  avril 1794 nombre de ses habitants, avec d’autres de Sare et d’Itxassou, seront déportés vers les Landes pour  "contact et collusion avec l’ennemi espagnol " (arrêt du 13 Ventôse, an II ). Rivière, le curé de la paroisse,  fut parmi les déportés et bien que les habitants aient pu revenir en septembre 1794 le curé resta banni, ses biens étant restitués à sa sœur en 1797. Il continua à « exercer » à proximité et c’est peut être lui qui baptisa les enfants Larramendy à Vera de Bidassoa (il faudrait avoir accès à ces actes de Baptême).

De la même manière le curé d’Urrugne, Teillarry, s’était réfugié à Vera et exerçait depuis cette commune. Alors que son " remplaçant ", le prêtre constitutionnel " le citoyen Larre " était en mal de paroissiens.

A contrario, certains actes passés à Urrugne autour de 1670 sont écrits en espagnol. C’est le cas du baptême d’Etiennette d’Aylguerru (sosa 337) le 20 avril 1671.

Les archives de l’Eglise espagnole :

Coté Sud des Pyrénées, les archives de l’Eglise Catholique sont en bien meilleur état et bien souvent dans les paroisses du Guipuzcoa les archives remontent jusqu’au milieu du 16ième siècle. Qui plus est, ces archives sont indexées sur internet.

Les actes notariés :

Nos ancêtres étaient, tout compte fait, assez procéduriers. Même les moins fortunés n’hésitaient pas à passer devant le notaire royal pour des contrats de mariage, des testaments, mais aussi pour des reconnaissances de dettes, des expertises de travaux sur des maisons, des ventes d’emplacement de sépulture dans les églises ou même des actes de « réparation d’honneur ».

Ceci fait que les archives notariées, quand elles ne nous sont parvenues, sont très riches sur la vie au quotidien de nos ancêtres.

Quelques exemples d’informations extraites de ces actes suivent.

Parenté : sur certains actes les filiations sur plusieurs générations apparraissent. On découvre sur le contrat de mariage de Marie Chumé Berindoague passé devant Me Dolhagaray notaire royal d’Ascain le 20 octobre 1746 sa filiation; les soeurs de Marie Chumé sont citées : Sabadine Berindoague (sosa 183) ainsi que ses parents, Martin Berindoague charpentier de navires, sa veuve Marie Heuty, maîtresse adventice de Archaignenea d’Ascain (c'est-à-dire conjointe de l’héritier de la maison ) et le grand père, Joannis Berindoague lui aussi maître charpentier de navires.

Ceci pallie l’absence des BMS d’Ascain qui ne commencent de manière à peu près complète qu’en 1774.

Activité professionnelle :  Joannes Hirigoity dit Duhulquo apparaît sur l’acte notarié de cession passé le 30 juin 1680 par son fils devant Me Bereau de Ciboure. Il est dit « Jean de hirigoity dit duhulquo vivant maître chirurgien et capitaine de navire » (sosa 694).

Autre exemple : lorsqu’un jeune homme entrait en apprentissage auprès d’un maître maçon ou cordonnier cela faisait l’objet d’un contrat d’apprentissage devant le notaire.

Vie religieuse : entrée au séminaire avec des biens de Jean Camino fils de Martin, sosa 346, devant Me Dhospital notaire royal d’Urrugne le 14 octobre 1735.

Donations aux « pauvres honteux », aux hôpitaux, aux corps obituaires, rentes aux prêtres…..

Les charges de benoîtes sont dûment enregistrées devant notaire avec le détail des modalités financières et la prise de possession de la benoîterie.

Fortune : lors des contrats de mariage, testaments, inventaires suite à décès ou lors des différentes ventes ou achats de maison ou pièces de terre. : dot de Marie Darraunts donnée par son frère Pierre (sosa  174), «180 livres, un lit, un habit complet et un coffre et son linge » le  18 février 1750 devant Me Dhospital.

Il a même été trouvé un acte de « réparation d’honneur » suite à des ragots malveillants colportés…ou un acte de partage d’une maison entre le maître ancien et le maître jeune, acte qui définit qui fournira la fougère pour les bêtes et qui récupèrera le fumier…

 

A noter que pour le Pays Basque  le notaire rédigeait l’acte en français mais le lisait souvent en basque aux protagonistes. Ainsi dans le testament de Marie Legarralde ( sosa 171) le 26 octobre 1744 devant Me Dhospital  « …. après qu’elle m’a dicté en langue basque que, je lui ai lu et relu en langue basque, a dit y persister et déclaré que c’est sa dernière volonté … témoins de ce requis qui ont ci signé ce que n’a fait la dite Marie Legarralde pour ne savoir écrire ainsi qu’elle a déclaré interpellée par moi, testatrice. »

De plus, les notaires de la côte labourdine  collectaient nombre d’actes liés à la vie maritime, vente de bateaux, contrats d’équipage allant à la pêche ou allant faire la course (corsaires), procuration avant de partir à la course au cas où la dite personne décèderait. Tout ceci est extrêmement riche sur l’histoire des familles.

Les archives marines :

Plusieurs types d’archives ont été consultés et elles sont extrêmement intéressantes.

Tout d’abord, les archives du Service Historique de la Défense à Rochefort (SHD-M). On y trouve les inscriptions maritimes des marins du Pays Basque (à partir d’environ 1760 celles-ci sont à peu près complètes pour le quartier maritime de Saint Jean de Luz, elles sont plus lacunaires à partir du début du 18ème siècle).

En effet le roi ayant besoin de marins pour sa marine royale, tous les marins sont recensés dans un registre appelé « la matricule »  (on dit bien « la » matricule) de son quartier maritime (par exemple Saint Jean de Luz) : nom, prénom, année de naissance, père et mère, épouse, maison et commune d’origine. Ces renseignements et notamment le nom de la maison, donnent une quasi certitude sur l’identité des marins même dans le cas d’homonymie.

Dans ce registre il est possible de suivre, année après année, ses embarquements, à la pêche, à la course (sur un bateau corsaire), au commerce (embarquement au long cours) ou dans la marine royale..(ref 15P3 )

L’aspect physique, taille et « couleur du poil », est indiqué.

Les rôles d’équipage sont aussi archivés au SHD, indiquant la liste des marins de chaque  bateau avec leurs grades, soldes et quelques détails sur le bateau (taille, année de construction, capitaine, armateur, armement…) (ref 15 P4)

Sur d’autres documents, tous les mouvements de navires (entrées et sorties des ports) sont enregistrés.

Autre source d’information, les archives de l’Amirauté de Bayonne. Parmi les informations qui s’y trouvent : les congés des navires corsaires (lettre de commission) qui sont une autorisation du roi pour « faire armer et équiper en guerre un navire …. pour le mettre en mer en état de naviguer et course sus aux Pirates Forbans, Gens sans aveu, même aux sujets du Roy d’Angleterre et autres Ennemis de l’état »  

Ces archives contiennent aussi les actes de prises et les actes de vente des navires capturés. Ainsi, avec beaucoup de patience et d’heures de fouille, il est possible de recréer l’historique complet de nombre de navires corsaires.

A noter que ces archives se trouvent aux AD 64 (archive départementales) et sont  consultables en ligne sur leur site ou, pour partie d'entre elles, sur le site des archives du Canada. (ref  ~B8750)

Note :

1 : Histoire de l’état civil, texte extrait du site des archives de la Gironde.

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Avertissement

Il faut toujours garder en tête que, bien que tous ces documents soient « officiels », ils contiennent parfois des erreurs (transcription de nom, date…), ils ont beaucoup de manques et donc la vigilance s’impose. Il vaut donc mieux essayer de  recouper un document par un autre quand cela est possible.

Malgré tout le soin apporté notamment en croisant les documents sources, il est possible que des erreurs de filiation se soient immiscées.

Dans les cas de doute profond, la filiation n’a pas été retenue.

Les archives espagnoles sont uniquement basées sur des BMS accessibles en ligne et les homonymies y sont fréquentes. La seule vérification utilisée a été le nom des parrains et marraines des nouveaux nés, qui sont traditionnellement, au moins pour les aînés, les grands-parents.

Les erreurs les plus fréquentes sont probablement dans les branches parallèles parce qu’elles n’ont pas fait l’objet des mêmes vérifications mais ces branches ne sont pas traitées dans ce document.

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